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Mars 2005

10 ans de TVA en Suisse



Voici 10 ans, la TVA entrait en vigueur en Suisse.

A l’époque, on nous avait promis une TVA simple. Du moins, c’est ce qui était ressorti des débats qui avaient précédé la votation populaire sur l’introduction de la TVA. « Il devait s’agir d’une taxe à l’image de celle du Luxembourg et non de celle de la France » ( J.P. Delamuraz, dixit).

Dans la pratique l’Administration a oublié ces promesses. Aussi, à la suite de diverses interventions parlementaires, mais aussi en raison de nombreuses critiques émanant de tous les milieux (politiques, économiques, scientifiques, etc.) le Conseil Fédéral a décidé de mettre en place une consultation à large échelle. Celle-ci avait pour but d’améliorer le produit, d’en éliminer les erreurs et d’en faciliter l’application.
 

L’opération s’est déroulée l’année dernière. Il en est ressorti un rapport volumineux de 120 pages contenant diverses critiques. Nous avons retenu les principales, à savoir :

  • la complexité de la mise en œuvre de la TVA,

  • le manque de rapidité de la part de l’Administration lors de demande de renseignements, avec des réponses manquant souvent de clarté,

  • le fait de considérer le contribuable comme un aide du fisc et non comme un partenaire

  • les coûts administratifs démesurés pour le contribuable,

  • une déception générale, car tout le monde s’attendait à une TVA plus simple.
     


A la suite de ces critiques, le Conseil Fédéral a réagi très rapidement et décidé l’introduction d’un certain nombre de changements au niveau de la pratique dès le 1er janvier 2005. Il s’agit d’une petite révolution. Il n’y a jamais eu autant de modifications en une seule fois depuis l’introduction de la TVA.

Les principales modifications
 

  • Les fiches et tickets de caisse jusqu’à Fr. 400.- sont admis pour la récupération de l’impôt préalable, même si le nom du destinataire n’y figure pas (auparavant la limite était de Fr. 200.-). Il ne doit toutefois pas s’agir d’une facture manuscrite ou établie à la machine.

  • Jusqu’à fin 2004, les factures devaient contenir l’adresse complète du destinataire. Dès le 1er janvier 2005, ces règles sont assouplies ; la mention d’une case postale ou l’adresse d’une succursale peut être admise, par exemple.

  • Pour les sociétés qui appartiennent au même groupe, il est possible d’utiliser, pour les transactions en monnaie étrangère, un cours fixé par le groupe. Cette méthode doit être pratiquée au moins durant une année. Cette disposition ne s’applique pas aux importations, ni à un éventuel chiffre d’affaires hors-champ, pour lesquels les cours publiés par l’AFC restent en vigueur.

  • Les entreprises qui construisent des immeubles destinés à la location ou la vente, pouvaient être assujetties en raison de prestations à soi-même dans le domaine immobilier, si c’était leur but social et si des personnes compétentes en matière immobilière détenaient une participation importante.

    Dès le 1er janvier 2005, pour rester assujetti, il faut que les trois conditions cumulatives suivantes soient réalisées :

  1. tous les travaux sont exécutés par des tiers, sauf éventuellement la surveillance de chantiers

  2. d’après les apparences, il n’y a aucune disponibilité d’exécuter ou de faire exécuter un quelconque travail sur des constructions pour des tiers;

  3. aucun matériel, marchandise ou infrastructure n’est mis à disposition de tiers pour l’exécution des travaux de construction.
     

Cette modification évite en particulier l’assujettissement d’investisseurs immobiliers, tels les fonds de prévoyance, les coopératives d’habitation, les banques, assurances, etc. A contrario, ces investisseurs n’auront plus droit à la récupération de l’impôt préalable.

Si l’assujettissement demeure, la base de calcul des prestations à soi-même dans le domaine immobilier ne doit plus comprendre : les intérêts intercalaires, les taxes diverses, les contributions compensatoires, les frais d’estimation ECA et les primes d’assurances.

 

  • Il n’y a plus de prestation à soi-même, en cas d’entretien d’installations sportives par soi-même ou son personnel (terrain de golf, court de tennis, par exemple).

  • Pour l’importation de biens, la déduction de l’impôt préalable est désormais autorisée même si le document douanier n’est pas établi à l’adresse de l’importateur. Pour faire valoir la récupération, il faut néanmoins être en possession du document original et posséder la facture du fournisseur, établie au nom de l’acquéreur de la prestation.

  • L’impôt préalable lié aux frais engagés avant l’assujettissement - frais de constitution, notaire, fiduciaire, étude de marché, campagne publicitaire, etc. - n’était pas récupérable. C’est désormais possible depuis le 1er janvier 2005.
     

Une deuxième vague de modifications devrait entrer en vigueur au 1er juillet 2005. Celles-ci porteront principalement sur :
 

  • Le changement d’affectation en cas de locations immobilières ;

  • La combinaison de prestations (vente d’une marchandise avec deux taux, par ex. CD dans une revue) ;

  • L’importance de la prestation accessoire liée à une prestation exclue (formation, sport, culture) ;

  • L’importance du changement d’affectation pour déterminer la prestation à soi-même.

 

Ces différentes mesures vont entraîner une diminution des recettes TVA de la Confédération de plusieurs millions de francs. Cependant, avec 17,67 milliards d’encaissements nets en 2004 et un accroissement de 33 % ces cinq dernières années, celles-ci restent largement la principale source financière de notre Etat fédéral, avec plus du tiers des recettes totales annuelles.



Mars 2005                     Daniel Laubscher